deltarun

25 décembre 2010

Mon marathon La Rochelle 2010

Derniers instants de concentration avant le départ du Marathon de La Rochelle : je suis dans un sas privilégié, je ne participe pas à la bousculade pour me rapprocher de la ligne de départ. En fait, je la franchirai dix secondes seulement après le coup de feu, il est donc inutile de s’emballer.

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Il est de toute façon assez difficile comme cela de résister à la tentation de partir trop vite, pour se mêler aux furieux qui jouent des coudes devant…

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Il fait froid, je garde ma polaire le plus longtemps possible avant de la lancer à mon frère Philippe. Ce matin, Marie Anne et moi avons été réveillés par le bruit d’une averse désespérante, mais la pluie est maintenant calmée bien que le ciel reste bas et menaçant. Marie Anne m’avouera plus tard avoir pensé ne pas prendre le départ si le déluge avait persisté ; je serais parti malgré tout, mais  avec le regret de ne pouvoir atteindre mes objectifs.

J’entends à peine les annonces des hauts parleurs, seuls m’intéressent les messages indiquant le décompte des minutes restant à patienter avant le départ. J’ai laissé Marie Anne rejoindre son sas de départ après la traditionnelle photo du groupe de Courir au Féminin,

index_8_ le blog auquel participe Marie Anne et qui nous a permis de tisser des liens amicaux avec de nombreux coureurs. Ainsi, hier soir nous étions dix huit au restaurant pour une pasta party.

index_3_ Certains sont venus courir le marathon, bien sur, mais d’autres sont là uniquement pour nous encourager comme Japhy qui avait couru Nice Cannes il y a quinze jours et que nous étions allé soutenir. A cette occasion, nous avions couru la deuxième moitié du marathon pour aider des coureurs à atteindre leur objectif. Le souvenir de cet entrainement au coté de Sophie est présent à mon esprit avant ce départ : l’aisance que j’avais éprouvée me redonne confiance alors que l’imminence du départ aurait tendance à saper le moral bâti sur ces semaines d’entrainement. Je dois me rappeler des tests réalisés lors de mes cinq séances par semaine, des cadences que j’arrivais à tenir, de la régularité de mon entrainement par rapport au plan : tous les indicateurs sont au vert, je devrais pouvoir réaliser une bonne performance.

La ville est envahie par les coureurs depuis hier. Dix mille concurrents et sans doute autant d’accompagnants égayaient le port,

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les restaurants affichaient complet depuis des mois et proposaient des menus marathon composés essentiellement de pâtes.

Tout ce monde est maintenant canalisé devant le départ et la tension monte. Il y a en fait deux départs simultanés avec deux pelotons qui se rejoindront au 3ème kilomètre, pour améliorer la fluidité du départ. Je suis dans le plus petit groupe, 3500 coureurs, et je trouve cela de bon augure même si en fait je suis parmi les filles et les vieux!…

Plus que quelques secondes avant le coup de pistolet libérateur, chacun est dans sa bulle, accompli les petits gestes rituels qui rassurent, vérifier le laçage des chaussures pour la centième fois, remettre le chrono à zéro…

C’est parti !

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Le coup de feu a libéré les 10 000 coureurs alors que la sono s’est mise à jouer la chevauchée des Walkyries : frissons garantis d’autant plus qu’en arrivant devant le port, les deux tours s’embrasent d’un feu d’artifice en plein jour.

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http://www.deezer.com/fr/music/result/all/the%20gossip#music/result/all/walkyries%20wagner

Une émotion formidable m’étreint, je suis obligé de me calmer pour maintenir une allure raisonnable. C’est le premier kilomètre, tout est facilité et plaisir de courir, plaisir de déployer sa foulée dans cette ambiance de folie au milieu de tant de concurrents et d’innombrables spectateurs. Les sensations de course sont bonnes d’emblée, oublié le stress du départ : l’adrénaline est au rendez vous, je fais le premier kilomètre en 3’53 !

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Pour mon objectif, moins de trois heures, je dois courir les 1000 mètres en 4’15, j’ai donc décidé de courir en 4’10 pour garder une petite marge en fin de course.

J’ai vu mon frère peu après le départ puis Japhy m’a encouragé avant le premier kilomètre,

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je les reverrais plusieurs fois : le parcours consiste en deux boucles très agréables, ce qui facilite la mobilité des suiveurs. C’est important pour le moral, je sais aussi que la puce de chronométrage que j’ai fixée à ma chaussure permet de suivre ma progression sur Internet. Je ressens aussi les encouragements des amis qui me suivent à distance. J’apprendrais après l’arrivée que Sabrina a diffusé nos temps de passage par Face book.

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Les kilomètres défilent vite : toutes les quatre minutes, contrôle du temps de passage, calcul mental du cumul de mon avance (pas si facile en hypoxie…) et tous les cinq kilomètres, ravitaillement. Pour le ravitaillement, ne pas en rater un seul, la boisson est fournie en gobelets donc je marche quelques pas pour boire sans tout verser (éviter de se mouiller par ce froid) il faut relancer après chaque ravitaillement, en fait, je ne perds pas de temps.

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Mes temps de passages se stabilisent vite vers 4’04 ce qui reste rapide. Je suis un peu inquiet mais mon cardio-fréquencemètre ne s’affole pas, je suis à 155 pulsations par minute, régulier.

J’arrive bientôt à mi course, j’ai une douleur inhabituelle dans les deux mollets depuis le seizième kilomètre ! C’est une tension qui ne gène pas ma foulée et qui doit être symptomatique de mon allure inhabituellement rapide, je suis en compétition, ce n’est plus le moment de s’économiser.

Au passage au semi marathon, il se produit un événement improbable : le parcours croise le peloton sur 500 mètres, je me déporte sur ma droite et ce que je n’osais espérer se produit, je croise Marie Anne ! Nous nous tapons la main… Elle a l’air bien, elle me dira après que j’avais l’air exalté et fou de joie ! C’est tout à fait mon état d’esprit. Au moment où nous nous croisons, le speaker annonce mon temps de passage au semi et souligne que mon groupe de coureurs a toutes les chances de réussir moins de trois heures ! Je sens que Marie Anne a entendu cette annonce…

Après la course, en surfant sur le site de l’organisation, nous nous apercevrons que cette rencontre s’est produite sous l’œil d’une caméra et que l’on peut visionner cet instant magique pour nous…

Mi course donc, il faut se concentrer, évacuer les craintes d’un départ trop rapide, pour le moment tout va bien. Sur un marathon, je sais bien qu’une défaillance est toujours possible mais avec les kilomètres qui défilent, cette menace s’éloigne, de plus, craquer sur la fin est moins humiliant qu’au début.

Je reconnais le parcours puisque c’est la deuxième boucle, c’est assez agréable et rassurant. Je dépasse beaucoup de coureurs, je reste très régulier malgré deux petites averses, je continue à me ravitailler à chaque stand.

Je ne vois plus mes supporteurs : Philippe doit m’attendre à l’arrivée et Japhy a entrepris de courir avec une amie en difficulté. Les voir me ferait du bien mais la foule est très présente, encourageant les coureurs par leur nom imprimé sur le dossard. Je remercie tous ces anonymes d’un geste et je tape la main des enfants au bord du parcours.

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Peu après le trentième kilomètre, j’entends le speaker annoncer l’arrivée imminente des premiers ! Cela permet de relativiser la performance : il me reste plus de dix kilomètres…

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30 km, c’est aussi la menace du fameux « mur » que craignent tous les marathoniens. Pour moi, aujourd’hui, rien de menaçant, c’est dur, mais je continue sur les mêmes bases et j’arrive à relancer, à me battre.

Vers le 35 ème km j’aperçois au loin le maillot de Patrick que je savais dans la course. Il avait fait un bon temps l’année dernière et nous sommes souvent au coude à coude sur les courses où nous nous croisons. Je l’imaginais derrière moi et me grignotant petit à petit, j’avais décidé de m’accrocher à sa foulée s’il me dépassait. En fait, il n’y a pas de doute, je suis en train de le rattraper ! En arrivant à sa hauteur, je l’encourage, il me dit « c’est dur ! », je réponds oui mais je file devant, habité de l’ambigüité entre le plaisir de le devancer et le désir de l’encourager et de le voir réussir… au même moment un concurrent pied nus me double. Moi qui ai froid dans mes chaussures mouillées, je me demande ce qu’il doit expier pour avoir fait un pari aussi fou !..

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C’est la fin, je passe sur l’énergie mentale. Comme toujours, c’est Bernard Lavilliers qui vient à ma rescousse, ma respiration devient un râle qui dit « vivant… vivant … vivant… », comme dans une de ses chansons des années 1980 qui me revient toujours en tête dans ces moments difficiles.

http://www.deezer.com/fr/music/result/all/the%20gossip#music/result/all/lavilliers%20vivant

Vivant, je le suis, et je connais ma chance de pouvoir imposer ma volonté à mon corps, je pense à certains de mes patients et à Michèle dont les muscles ont fondu et je leur dédie ma course.

C’est l’arrivée, je suis à fond, je me bats pour chaque place, je fais mon dernier kilomètre en 4’04 ! Je vois tout de suite mon frère, bien placé dans les tribunes !

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2h56’59’’

Le bonheur par-dessus la fatigue, je prends mes récompenses et file retrouver Philippe.

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Il semble ému par ma réussite, je tombe dans les bras de Patrick qui arrive une minute derrière moi sous les 3 heures lui aussi. Je vais déguster quelques huitres avec Philippe en attendant Marie Anne presque une heure et demi plus tard,

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fatiguée mais heureuse comme chaque arrivant selon son niveau.

Déjà en pensées dans les prochaines courses…

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Posté par Jean Marc 26 à 20:21 - Commentaires [2] - Permalien [#]